Introduction
François Lassere.

Présenté par Thibaud Josset.
"Ainsi s’anima le temps."
François Lassère est bien connu des collectionneurs d’art et, chose rare dans le monde des arts figuratifs européens, n’a jamais cessé d’intéresser le public quels que soient les partis pris et techniques explorés successivement, en toute liberté, parfois avec une certaine radicalité. Son travail de ces dernières années, fruit d’une longue réflexion, semble poser soudainement les choses en une formalisation totale, tirant à l’absolu vers lequel, on le devine, il a toujours aspiré.
La nature des arts plastiques, ce qui les compose et ne les compose pas, a toujours été débattue. Leurs liens avec d’autres champs de connaissance et savoir-faire sont aussi problématiques sur le plan théorique qu’abondants en pratique.
Nombreuses sont les tentatives de réunifier dans l’œuvre des aspirations issues de champs divers. Sans doute est-ce d’ailleurs l’une des fonctions premières de l’œuvre d’art, d’unifier des principes que l’esprit peine à faire se côtoyer en temps ordinaire.
Lorsque François Lassère a commencé à donner forme à ses séries paléontologiques, avait-il conscience qu’il allait donner naissance à un univers magistralement synthétique ?
En partant de fossiles, ouvrages produits de la main de la nature dans le temps long de la géologie, François Lassère a semblé l’ambitionner comme l’énormité de la création en tant que phénomène physique. En l’informant, ses œuvres prennent forme comme un brassage maîtrisé de savoirs en excellence, à la jointure de l’intimité de l’histoire naturelle et alchimie figurative, entre l’os et le bronze.
Mécanique du trouble, ses pièces convoquent un univers steampunk et d’autres tirant vers le cyberpunk.
Entre fragilité de la création et permanence des lois élémentaires, l’artiste mêle aux dualités homme-nature et vivant-inerte, la dynamique inattendue des engrenages et des lumières, de l’artificiel et de l’illusion technologique.
S’il est dans le pouvoir des arts plastiques de conférer à des formes une expression immédiate de l’indicible, il n’est pas commun de se confronter avec une création ayant digéré aussi profondément les enjeux fondant l’art-même.
La mise en abîme est vertigineuse, la conception totalisante, l’exécution clinique, la liberté totale et la rigueur exemplaire.
Posséder une pièce issue de ces séries revient à mettre la main sur un morceau de bravoure créative, une expression intemporelle de tout ce que le temps, la terre et l’humain ont un jour partagé, perdu et retrouvé.
Une réconciliation en perspective offerte par un artiste qui signe ici le chef-d’œuvre d’une vie.